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POURQUOI IL NE FAUT PAS TOUT VOIR EN POSITIF

Booster votre efficacité en 9 leçons (prouvées) de pensées négatives.

femme flou qui tombe

Le milieu du dĂ©veloppement personnel vente les bienfaits de la « pensĂ©e positive Â» Ă  tous, tout le temps et pour Ă  peu prĂšs tout.

A croire que le fait de penser positivement, de « hacker Â» son cerveau en mode « tout va bien, ce n’est pas si grave Â» est la solution absolue, le passeport vers un « Eden Â» de la rĂ©ussite, du bien-ĂȘtre et du bonheur.

Ok.

Mais si on se penche froidement sur le sujet, qu’on dĂ©passe les neuro-mythes et autres pratiques courantes et lĂ©gendes sans fondement en se basant sur la science, on se rend compte que ce n’est pas si simple. Mieux, que la pensĂ©e « nĂ©gative Â» a des vertus que les formateurs et coaches de vie semblent ignorer.

Alors, quels sont les avantages de la pensĂ©e nĂ©gative ? Peut-elle nous rendre plus performants ?

La réponse est oui, et on va voir comment en 9 leçons.

1.    Trop de contorsion entraine l’échec:

Un des crĂ©dos de la pense positive, c’est de rĂ©ussir par la pensĂ©s, en se crĂ©ant un nouveau « Mindset Â», qui vous permettra de voir votre vie, vos objectifs et vos erreurs Ă  travers ce filtre. Quitte Ă  se livrer Ă  des contorsions cĂ©rĂ©brales pour voir l’avenir en rose. Contorsions douloureuses qui compliquent votre quotidien car on applique des mĂ©thodes sans les adapter Ă  soi, ses capacitĂ©s, ses besoins.

Et donc d’Ă©chouer bien souvent. Puis de s’en vouloir de ne pas y arriver. De culpabiliser. Et d’accroĂźtre encore notre morositĂ©. Et de replonger dans un autre livre, de suivre une autre formation en pensĂ©e positive qui saura, elle, nous Ă©couter et nous donner par la pensĂ©e positive ce dont on rĂȘve


Les lecteurs du best seller Le Secret vont ĂȘtre déçus : scientifiquement, le fait de « vouloir Â» seulement, surtout exclusivement de maniĂšre positive, ne sert Ă  rien, c’est mĂȘme contreproductif ! DĂ©solĂ© !

2.    Une attitude nĂ©gative vous rend plus motivĂ©es pour apprendre de vos erreurs :

Dans Apprendre des erreurs : Le rĂŽle du contexte, de l’Ă©motion et de la personnalitĂ© tirĂ© du Journal of Organizational Behavior, une recherche s’est concentrĂ©e sur la relation entre l’Ă©motivitĂ© nĂ©gative et le fait de tirer des leçons de ses erreurs. Contrairement Ă  ce que l’on pourrait penser, une association positive a Ă©tĂ© trouvĂ©e entre l’Ă©motivitĂ© nĂ©gative et la motivation Ă  apprendre ! En rĂ©sumĂ©, certaines Ă©motions nĂ©gatives nous incitent Ă  mĂ©moriser, tester encore et encore pour dĂ©passer l’échec.

3.    Trop de visions positives sapent l’Ă©nergie :

Selon plusieurs auteurs amĂ©ricains, positiver serait contre-productif. Oliver Burkemandans dans son livre The Antidote : Happiness for People Who Can’t Stand Positive Thinking (Faber&Faber, 2012) ou encore deux chercheurs en psychologie, Heather Barry Kappes, de l’universitĂ© de New York, et Gabriele Oettingen, de l’universitĂ© d’Hambourg (Allemagne), dans un article publiĂ© dans le Journal of Experimental Social Psychology , en font la dĂ©monstration dans leurs Ă©crits respectifs
 D’aprĂšs leurs recherches,  il vaut “mieux vaut voir le verre Ă  moitiĂ© vide !”. Oliver Burkemancite les principes de la pensĂ©e stoĂŻcienne en plus des rĂ©sultats de recherches rĂ©centes, Ă  l’inverse des coaches de la pensĂ©e du bonheur Ă  tout va.

S’épuiser Ă  tout voir en rose, sans laisser de place Ă  ses pensĂ©es plus sombres demande trop de volontĂ© par rapport aux bĂ©nĂ©fices que l’on en tire. Il est plus efficient d’accepter ses sentiments plutĂŽt que de les ignorer ou de les combattre, en terme de productivitĂ©.

4.    Broyer du noir pour mieux le digĂ©rer :

Chercheuse en psychologie, Julie Norem, thĂ©oricienne du pessimisme dĂ©fensif explique que cette attitude consistant Ă  s’inquiĂ©ter des tĂąches Ă  accomplir, qu’il s’agisse d’examens, de dossiers Ă  finir, ou d’entretiens d’embauche, permet de mieux se prĂ©parer Ă  l’adversitĂ©. Et donc, in fine, de mieux rĂ©ussir. Pour y parvenir, il faut donc :

Ne pas avoir trop confiance en soi

Noircir la situation pour envisager l’échec

5.    Entretenir son cĂŽtĂ© obscur

La psychologue amĂ©ricaine Susan Davis, citĂ©e par le site Health, nous dĂ©montre que quand nous sommes trop joyeux, dans un environnement trop sĂ»r et familier, nous avons tendance Ă  nĂ©gliger des menaces et des dangers importants, tendance Ă  nous “laisser aller” sans nous fatiguer Ă  penser de façon crĂ©ative. Pas de stimulations donc pas de prises de risques.

Bien sĂ»r elle prĂ©cise que la mauvaise humeur de façon constante n’est pas saine, mais que s’adapter Ă  l’inconfort et aux Ă©motions nĂ©gatives demande du travail, implique d’ĂȘtre actif et permet d’explorer des champs qui apportent des bĂ©nĂ©fices autrement inexplorĂ©s. Les Ă©motions qui ne sont pas joyeuses encouragent un processus cognitif plus lent, plus mĂ©fiant et plus systĂ©matique, qui nous aide Ă  mieux juger certaines situations.

6.    Des mauvaises pensĂ©es qui nous stimulent

Susan Davis, encore, nous explique, dans une Ă©tude rĂ©cente, comment ces sentiments peuvent nous aider Ă  amĂ©liorer notre mĂ©moire, stimuler notre curiositĂ©, augmenter notre gĂ©nĂ©rositĂ© et booster notre capacitĂ© de raisonnement. Elle nous incite Ă  continuer notre course au bonheur mais Ă  porter un regard diffĂ©rent sur les Ă©motions nĂ©gatives. En partant d’un principe d’acceptation qui leur laisse de la place, sans pour autant les laisser dominer, conclut la spĂ©cialiste.

7.    Un moteur pour des habitudes saines

Une rĂ©cente Ă©tude, menĂ©e par Carsten Wrosch et AndrĂ©e Castonguay, du DĂ©partement de psychologie de l’UniversitĂ© Concordia, et Catherine Sabiston, de la FacultĂ© de kinĂ©siologie et d’éducation physique de l’UniversitĂ© de Toronto, a pointĂ© que des Ă©motions comme l’anxietĂ©, la culpabilitĂ©, la peur, le mĂ©contentement, peuvent servir de moteur. Dans le cadre de leurs recherches, il s’agissait d’activitĂ© physique.

« PlutĂŽt que d’essayer toujours d’éliminer toutes les Ă©motions nĂ©gatives, on pourra garder en tĂȘte que certaines d’entre elles peuvent ĂȘtre utiles pour promouvoir les saines habitudes de vie chez les gens qui ont la capacitĂ© de s’engager dans de nouveaux objectifs Â», indique M. Wrosch.

8.    La colĂšre positive :

Accepter ses Ă©motions nĂ©gatives, oui, mais les exprimer est Ă©galement utile ! Les recherches sur la colĂšre montrent que :

Les cÎtés positifs de la colÚre
  • La colĂšre est une force qui vous motive. Une maniĂšre de faire tomber les barriĂšres mentales et Ă©motionnelles que l’on se met pour ne pas faire les choses diffĂ©remment. La colĂšre a un lien avec l’envie de rĂ©gler un problĂšme, avec le fait de ne pas accepter ce qui est injuste et de chercher une solution pour chaque situation.
  • Il est prouvĂ© que les personnes qui sont Ă©nervĂ©es sont plus optimistes. Les personnes qui s’énervent pour une chose en particulier sont celles qui interviennent le plus dans l’affaire, elles agissent et sont plus confiante des rĂ©sultats, parce qu’elles en mesurent le champ d’action. Encore un biais contre lequel lutter !
  • La colĂšre peut nous aider Ă  crĂ©er des liens. La colĂšre Ă©tant un moyen de communiquer ce que l’on ressent, elle est excellente pour expliquer aux autres ce que l’on pense ou ressent. Le fait de dissimuler son dĂ©saccord avec quelque chose ou quelqu’un, empĂȘche tout rapprochement avec autrui.
  • La colĂšre nous permet de mieux nous connaĂźtre. En effet, elle nous donne une idĂ©e de ce que nous sommes en rĂ©alitĂ©, et de la maniĂšre dont nous rĂ©agissons face aux Ă©vĂ©nements, sans far ni artifices.
  • La colĂšre peut ĂȘtre une bonne stratĂ©gie de nĂ©gociation. De nombreuses personnes utilisent ce sentiment pour obtenir ce qu’elles dĂ©sirent. Une  technique peu rĂ©glementaire d’un point de vue moral, et qu’il faut garder sous contrĂŽle, mais c’est une autre des caractĂ©ristiques de la colĂšre qui vaut la peine d’ĂȘtre explorĂ©e.
  • L’expression de la colĂšre est Ă©galement un moyen de lutter contre des maladies mentales, parfois peu connues comme Le dilemme de Wendy (immaturitĂ© et besoin de plaire), la catoptophobie (peur des miroirs), le syndrome de Capgras (proche remplacĂ© par un sosie), l’euphobie (peur des bonnes nouvelles), la Permarexie (enchainement de rĂ©gimes)


9.    L’ennui rend plus crĂ©atif, plus productif

  • L’ennui rend plus crĂ©atif : Une Ă©tude publiĂ©e dans la revue Journal of Creative Behavior, citĂ©e par The Atlantic, montre que la crĂ©ativitĂ© des participants Ă©tait plus Ă©levĂ©e lorsqu’il s’agissait de repousser l’ennui. Une autre Ă©tude, rĂ©alisĂ©e en 2014 par des chercheurs britanniques, publiĂ©e dans la revue Creativity Research Journal, va Ă©galement dans ce sens. Deux groupes de participants devaient trouver des idĂ©es d’usage alternatif pour des objets du quotidien. Le premier groupe commençait par une activitĂ© ennuyante quand le second commençait tout de suite l’exercice. C’est le premier groupe qui a eu les meilleures idĂ©es.

James Danckert, professeur en neurosciences et sciences cognitives, dans une interview Ă  Live Science explique :

« Le cĂŽtĂ© positif de l’ennui c’est que, si l’on y rĂ©pond de maniĂšre adaptĂ©e, il est un signal pour explorer, faire autre chose. Il est le signe que ce que vous faites ne fonctionne pas Â».

Sandi Mann, professeure en psychologie et autrice d’un livre sur le sujet, va aussi dans ce sens. Comme elle l’explique dans une interview accordĂ©e au Time :

« L’ennui est une recherche de stimulation neurale qui n’est pas satisfaite. Si nous ne la trouvons pas, notre esprit la crĂ©e. Il n’y a pas d’autre moyen d’obtenir cette stimulation, vous devez donc chercher dans votre esprit Â».

C’est ainsi que dans l’ennui, notre cerveau puise au fin fond de ses ressources.

je réfléchie a des choses pas agréable
  • L’ennui permet d’ĂȘtre plus productif : Andreas Elpidorou, professeur de philosophie spĂ©cialiste du sujet s’exprime Ă  ce sujet :

« L’ennui nous aide Ă  restaurer la perception selon laquelle nos activitĂ©s ont du sens. En l’absence d’ennui, on resterait bloquĂ© dans des situations qui ne sont pas Ă©panouissantes et on passerait Ă  cĂŽtĂ© d’expĂ©riences Ă©motionnellement, cognitivement et socialement gratifiantes. L’ennui est Ă  la fois le signal d’alarme que nous ne faisons pas ce que nous voulons faire, et un ‘coup de pied’ qui nous motive Ă  changer de buts et de projets.

  • L’ennui permet d’ĂȘtre plus altruiste, selon une Ă©tude de 2011, relayĂ©e dans The Guardian par Wijnand van Tilburg, co-auteur de l’étude. Celle-ci montre que l’ennui peut motiver les individus :

” … A vouloir accomplir des tĂąches peu plaisantes, mais porteuses de sens, comme un don du sang, plutĂŽt que des comportements plaisants, mais dĂ©nuĂ©s de sens”.

Wijnand van Tilburg

En d’autres termes, l’ennui peut nous tourner vers ce qui nous semble plus important dans la vie. Pas moins de sept Ă©tudes, dans lesquelles les chercheurs ont analysĂ© les raisons qu’ont les participants de s’adonner Ă  des activitĂ©s altruistes, ont menĂ© Ă  cette importante conclusion.

CONCLUSION :

La pensĂ©e positive tend Ă  transformer tout Ă©vĂšnement en simple problĂšme Ă  rĂ©soudre, ou Ă  surmonter. La vie est un peu plus complexe que cela, et il faut Ă©quilibrer la balance. Une feu va faire durcir l’argile mais fait fondre la cire
 Le mĂȘme problĂšme n’aura pas les mĂȘmes consĂ©quences ni les mĂȘmes solutions selon les circonstances et les personnes.

Penser de maniùre positive, c’est important, c’est efficace et porteur, mais il faut nuancer.

● Oubliez la « loi de l’attraction Â» et ce mantra obtus du livre Le Secret. Il est scientifiquement et concrĂštement faux. La vie est nuance et adaptation, et elle le prouve (concrĂštement et scientifiquement) tous les jours. PlutĂŽt que de « vouloir Â» 15 minutes par jour en simplement « visualisant le succĂšs Â», faites en 15 mn une action CONCRÈTE pour obtenir ce que vous voulez. Ça fera 91 heures de travail sur l’annĂ©e de rĂ©cupĂ©rĂ©, soit prĂšs de 12 jours de boulot efficient.

 â— Il faut accepter que parfois nous soyons dans un mauvais Ă©tat d’esprit, que nous avons ratĂ©, et c’est normal, nous sommes humains, faillibles et variables, mentalement et Ă©motionnellement. Ceci permettra d’économiser de l’énergie, de la volontĂ© et du temps que l’on pourra investir ailleurs. Ces Ă©tats passagers ne sont pas des Ă©checs, mais des Ă©tapes, que l’on doit accepter et gĂ©rer. Les jours oĂč vous n’ĂȘtes pas bien, acceptez d’ĂȘtre moins productifs, faites plus de choses qui vous font du bien. Et ne vous en voulez pas.

● Accepter ses Ă©tats d’ñmes plutĂŽt que les nier ou tenter de les transformer peut nous motiver Ă  entreprendre, Ă  apprendre, Ă  ĂȘtre plus crĂ©atif. Vous pouvez faire une force de votre tristesse, de votre colĂšre, de votre frustration, de votre ennui
 Si vous vous fixez des objectifs et des actions pour les entreprendre. Pensez aux « artistes maudits Â» et Ă  leurs Ă©tats crĂ©atifs, Ă  la sĂ©rendipitĂ© qui a inspirĂ© ArchimĂšde ou Newton, Ă  la rage des sportifs qui ont triomphĂ©.

● Envisager les mauvais cĂŽtĂ© des actions que nous entreprenons permet de ne pas ĂȘtre dĂ©muni si cela arrive, de mieux se prĂ©parer, et augmente nos chances de rĂ©ussite. Envisagez des plan B, voire C, au cas oĂč les choses se passent mal, mais restez convaincus que vous allez rĂ©ussir votre plan A. PrĂ©voir les dĂ©rapages possibles renforce votre vision de la rĂ©ussite.

● « Sortir de sa zone de confort Â» comme le scandent Ă  tout va les ayatollahs de la vie en rose c’est aussi sortir du moule de cette pensĂ©e unique. C’est remettre en cause ses habitudes, son environnement, ses certitudes pour entretenir sa crĂ©ativitĂ©, sa motivation, et le plus important : sa curiositĂ© et son envie d’apprendre, d’entreprendre.

De temps Ă  autre, forcez-vous Ă  essayez autre chose, et remettez en question votre environnement.

● On a tendance Ă  penser qu’il faut avoir Ă©tĂ© malheureux pour connaĂźtre le bonheur. Évidemment c’est faux ! On peut parfaitement rĂ©ussir sans avoir connu de grands Ă©checs et on peut ĂȘtre heureux sans avoir Ă©tĂ© extrĂȘmement malheureux. Les personnes qui ont connu les plus grands traumatismes ne sont pas nĂ©cessairement les personnes les plus heureuses, les plus performantes.

C’est mĂȘme une exception statistique.

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